« Nous ne sommes pas seulement nés en possession de notre franchise mais aussi avec affectation de la défendre »
Traité de la servitude volontaire, La Boétie
Nous garderons nos voix, nos droits et nos devoirs
Réjouissance, mécontentement, honte, déshonneur, bonheur, joie, liesse, sexe, sexus politicus…
La campagne présidentielle de l’année 2007 s’énonce et s’annonce ainsi : haute en couleurs et riche en émotions fortes. L’insécurité, le développement durable, la lutte pour la parité trouvent une place de choix légitime au sein des débats qui animent les élections du 22 avril et du 6 mai 2007.
Enfin, certaines revendications sont entendues et retenues à force de médiatisation et de fortes pressions.
On peut tout d’abord songer à l’effet positif du film Indigènes, qui, grâce au combat mené par les acteurs et le réalisateur du film, a abouti à l’égalisation des pensions des anciens combattants de la Seconde guerre mondiale.
Il est, d’autre part, particulièrement troublant de voir l’écologie grandir soudainement dans les préoccupations politiques/politiciennes et ce, de manière spectaculaire, grâce à l’audace/couardise de Nicolas Hulot.
Quant au droit au logement opposable, chacun pourra juger de l’efficacité de l’action des « Enfants de Don Quichotte ». Cependant, on ressent avec d’autant plus d’amertume la résonance de cette revendication car elle semble renforcée, de manière sordide, par la mort d’un homme illustre, l’abbé Pierre.
De toutes ces revendications, il en reste une (ou devrais-je dire plusieurs, ou encore, une et indivisible à la fois), qui demeure sans voix d’expression, à la hauteur de ses ambitions et de ses projets : celle des jeunes de France et de Navarre.
En effet, nos dirigeants sont-ils en mesure d’entendre de simples exigences en matière d’art (hip-hop, raves, soud-system…) et de vie décente (cages d’escalier propres, salubrité des domiciles, conformité des terrains de sport, existence de lieux de culte/culture, respect des droits de l’Homme, des hommes, des femmes, écoute attentive des « ni putes ni soumises »…) que toute une génération clame à haute voix en ayant parfois recours à des moyens inconséquents (jets de pierres, cocktails Molotov, insultes…) témoignant d’un profond désoeuvrement ?
Cette interrogation rhétorique nous amène ainsi à admettre ce constat d’échec ; l’aveu d’impuissance des hommes et femmes politiques serait le bienvenu mais leur fierté et leur culte de l’ego leur fait même oublier les aspirations de leurs futurs égaux.
Jeunesse de France et de Navarre,
«Viens écoute ces mots qui vibrent
sur les murs du mois de mai
ils nous disent la certitude
que tout peut changer un jour »
Le Temps de vivre, Moustaki
D’un tel constat, il découle tout naturellement cette unique certitude, celle que « tout peut changer un jour » et que Georges Moustaki s’efforce de chanter dans le Temps de vivre.
Il nous reste ainsi à nous, « Jeunes de France et de Navarre », les mots pour exprimer, s’exprimer face aux tentations nihilistes, extrémistes, traditionnalistes, nationalistes, régionalistes…
Nous sommes ainsi, « Jeunes de France et de Navarre », maîtres et possesseurs de nos voix, nos droits et nos devoirs. Il nous est alors permis, dans ces circonstances, d’enjoindre, d’exhorter, cette jeunesse en âge de voter, à se méfier de l’eau qui dort, comme ceux-ci se méfient du bruit et de l’odeur.
Jeunesse de France et de Navarre, qu’elle soit de France profonde, ou qu’elle soit issue de banlieues chaudes ou la colère gronde, elle est toujours soumise à une injustice féconde. Mais elle est toujours, par sa condition même d’âge critique et charnier de l’existence humaine, porteuse d’une espérance solide, ancrée aux racines profondes de l’enfance.
En effet, il y’aura toujours un espoir pour autre chose, pour une alternative, une alterFrance, une alterpolitique, un altercommerce, une altermondialisation…
Damien Saez le chantait, il y a maintenant cinq ans, et cela s’impose aujourd’hui comme une belle antienne : « Allons marchons ensemble, enfants de la patrie, fils de France. » (Fils de France, Saez).
Ainsi devant tant de haine adulte et/ou jeune, le respect et la tolérance restent les fins mots de l’Histoire.
L’humour, que font vivre aussi bien vivre Jamel Debbouze, Elie Semoun qu’Eric et Ramzy ainsi que l’amour demeurent encore et toujours nos plus belles armes à nous « Jeunes de France et de Navarre » contre l’injustice et l’intolérance.
La révolution, cette belle éternelle, n’a jamais réellement cessé. En effet, elle ne peut se concevoir que comme un mouvement permanent, qui affleure, à certains moments de l’Histoire, de manière paroxystique. Elle était portée en germe par les Lumières avant 1789. Elle se présenta, à nouveau, en 1870, lors de la Commune de Paris, mais elle fut, toutefois, amorcée par le combat des génies romantiques tels que Victor Hugo. Elle était en quelque sorte présente avant et après 1789, avant et après 1870, avant et après 1917, avant et après 1936, avant et après le mois de mai de l’année 1968, avant et après 1989 …
Nous sommes maintenant en 2007 et l’establishment (appelé « Babylone » par les adeptes du culte de Ras Tafari Makonnen) se consume toujours autant, en perdant le sens de ses propres fondements. La chose publique, la res publica, la démocratie, ?? ?????????? sont galvaudées et parfois baffouées par des injustices étatiques ( bavures policières…) et non-étatiques.
Ainsi, pour que nous ne voyions plus « les larmes au yeux les nouvelles » (Fils de France ,Saez) un matin d’avril, jeunes de France et de Navarre, usons de notre plus belle arme, démocratique et pacifique, que la République française met à notre disposition : le droit de vote. Considérons ce droit, qui est aussi un devoir civique, comme le moyen d’exprimer nos revendications et de faire entendre notre voix. Cependant qu’elle que soit l’issue du scrutin le 22 avril et le 8 mai 2007, nous garderons nos voix, nos droits et nos devoirs.
« Le peuple est libre lorsqu’il obéit aux lois qu’il s’est donné »
Contrat Social, Jean-Jacques Rousseau
Si vis pacem, para pacem.
Si tu veux la paix, prépare la paix.
Stéphan Touati